{"id":8324,"date":"2020-05-08T22:20:58","date_gmt":"2020-05-08T22:20:58","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/?p=8324"},"modified":"2020-06-24T12:13:23","modified_gmt":"2020-06-24T12:13:23","slug":"pierre-loti-homme-du-sud-ouest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/?p=8324","title":{"rendered":"Pierre Loti, homme du Sud ouest"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/logo-Sud-Ouest.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1128 size-full\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/logo-Sud-Ouest.jpg\" alt=\"logo Sud Ouest\" width=\"96\" height=\"80\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Pierre Loti, homme du Sud ouest\u00a0: Amours, patrimoine et transport ferroviaire (1\/2)<\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><\/h4>\n<div id=\"attachment_8326\" style=\"width: 427px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Pierre-Loti-en-habit-dacad\u00e9micien-en-1892.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-8326\" class=\"wp-image-8326 size-full\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Pierre-Loti-en-habit-dacad\u00e9micien-en-1892.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons.jpg\" alt=\"Pierre Loti en habit d'acad\u00e9micien, en 1892. \u00a9 Cr\u00e9dit photo Wiki Commons\" width=\"417\" height=\"209\" srcset=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Pierre-Loti-en-habit-dacad\u00e9micien-en-1892.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons.jpg 417w, https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Pierre-Loti-en-habit-dacad\u00e9micien-en-1892.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons-300x150.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 417px) 100vw, 417px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8326\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000000;\">Pierre Loti en habit d&rsquo;acad\u00e9micien, en 1892. \u00a9 Cr\u00e9dit photo Wiki Commons<\/span><\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Par Alain Quella-Vill\u00e9ger<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Publi\u00e9 le 07\/05\/2020<\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Rochefortais, l\u2019auteur de \u00ab\u00a0P\u00eacheur d\u2019Islande\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0Ramuntcho\u00a0\u00bb revendiquait son origine saintongeaise. Mais ce grand voyageur a sillonn\u00e9 la grande r\u00e9gion et avait fait d\u2019Hendaye un point fixe de sa g\u00e9ographie personnelle et litt\u00e9raire.<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><span style=\"color: #000000;\"><strong>Une premi\u00e8re version de cet article est parue dans le num\u00e9ro 113\u00a0de la revue Actualit\u00e9 Nouvelle-Aquitaine (\u00e9t\u00e9 2016).<\/strong><\/span><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">15\u00a0juin 1923. Un wagon sp\u00e9cialement affr\u00e9t\u00e9 ram\u00e8ne d\u2019Hendaye o\u00f9 il est mort dans l\u2019apr\u00e8s-midi du 10, le corps de Pierre Loti. \u00c0 Rochefort, le 16, on l\u2019embarque sur l\u2019aviso Chamois descendant la Charente pour \u00eatre inhum\u00e9 dans le jardin de sa \u00ab\u00a0maison des a\u00efeules\u00a0\u00bb, \u00e0 St-Pierre d\u2019Ol\u00e9ron. Ce dernier voyage (des fun\u00e9railles nationales\u202f; les pr\u00e9c\u00e9dentes avaient \u00e9t\u00e9 pour Victor Hugo), du Pays basque \u00e0 la Saintonge, du continent \u00e0 l\u2019\u00eele atlantique, par train, par bateau, sur fleuve, en mer, semble un r\u00e9sum\u00e9 de la g\u00e9ographie intime v\u00e9cue durant des d\u00e9cennies par l\u2019\u00e9crivain-voyageur qui revendiqua haut et fort son ind\u00e9fectible appartenance \u00e0 la terre charentaise et \u00e0 \u00ab\u00a0notre r\u00e9gion du Sud-Ouest\u00a0\u00bb (Journal, 1er octobre 1910).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>\u00ab\u00a0En r\u00e9alit\u00e9, je suis un Saintongeais\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0Si quelques Parisiens croient que je suis breton, si tous croient que je suis exotique, en r\u00e9alit\u00e9 je suis un Saintongeais\u00a0\u00bb (lettre aux Amis du pays d\u2019Ouest, juin 1913). Le nomade imp\u00e9nitent, \u00e0 bien des \u00e9gards citoyen du monde, repr\u00e9sentant d\u2019une \u00e9criture du voyage oscillant entre grand reportage impressionniste et po\u00e9sie empreinte de nostalgie \u2013 regard ethnologue, \u00e9criture d\u00e9coloriste (qui d\u00e9lave, qui efface, ndlr), personnalit\u00e9 flamboyante \u2013, est incontestablement un enracin\u00e9. \u00ab\u00a0Une chose par exemple que je m\u2019accorde, et que personne ne peut me refuser, c\u2019est cet attachement profond que mon p\u00e8re m\u2019avait inculqu\u00e9 d\u00e8s mon enfance pour notre ville, pour ses entours, m\u00eame pour nos vieux remparts, h\u00e9las menac\u00e9s, et pour tout notre coin de province\u00a0\u00bb (discours de remerciement lorsque sa ville reconnaissante le f\u00eata, le 26\u00a0janvier 1910).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 commandant du Javelot, sur la Bidassoa, en octobre 1891\u00a0et que le Pays basque a alors succ\u00e9d\u00e9 pour seconde patrie \u00e0 la Bretagne, Loti devint l\u2019usager d\u2019un nouvel espace r\u00e9gional. On peut ainsi d\u00e9celer dans sa vie comme dans son \u0153uvre une cartographie aux airs d\u2019\u2018\u2018Arc atlantique\u2019\u2019.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>S\u00e9dentaire mais voyageur<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Il suffit de lire son journal intime en cours de publication int\u00e9grale pour reconstituer une cartographie in\u00e9dite, o\u00f9 le nomade imp\u00e9nitent circule \u00e0 cheval, en cal\u00e8che, en voiture \u00ab\u00a0tra\u00een\u00e9e par deux poneys basques\u00a0\u00bb (le pottok), \u00e0 bicyclette aussi. Celui qui revendique sa s\u00e9dentarit\u00e9 comme une patrie jamais n\u00e9gociable, ne cesse de la quitter, sinon de la trahir pour mieux ou meilleur sans doute y revenir. Et celui qui associe la modernit\u00e9 technologique \u00e0 une catastrophe, refusant l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 domestique et toute vision positiviste de l\u2019industrialisation, ne cesse d\u2019avoir recours aux nouveaux moyens de transport.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019automobile (au masculin), n\u2019en parlons pas, il l\u2019abomine\u202f! Le 9\u00a0octobre 1905, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 Biarritz chez les Thomson. Vers 4\u00a0h, Mme Thomson m\u2019emm\u00e8ne, par ordre, acheter une casquette d\u2019automobile, et me fait monter pour la premi\u00e8re fois de ma vie dans une de ces machines-l\u00e0. 200\u00a0kilom\u00e8tres, parcourus d\u2019une allure folle, les virages d\u00e9filant comme des tableaux de fantasmagorie. Un froid qui cingle le visage \u2013 \u00c0 8\u00a0h \u00bd, nuit noire, je suis ramen\u00e9 \u00e0 Hendaye, comme par une trombe.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Un marin toujours entre deux trains<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Mais Loti est n\u00e9 avec le d\u00e9veloppement du transport ferroviaire. Le train, s\u2019il n\u2019en sera jamais le pan\u00e9gyriste, sera son complice. Viaud (pour l\u2019\u00e9tat-civil) le marin prend le bateau, c\u2019est la moindre des choses, mais Loti l\u2019\u00e9crivain-voyageur passe sa vie entre deux trains. La ligne Rochefort-Paris le re\u00e7oit certes prioritairement, encore que la centralisation qui accentue tellement l\u2019hypertrophie de la capitale touche moins cet officier ralliant plus volontiers Lorient, Cherbourg, Marseille ou Toulon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">On per\u00e7oit une \u00e9volution dans cette g\u00e9ographie originale qui structure d\u00e9sormais son espace mental. Une sorte d\u2019arch\u00e9ologie de la circulation \u00e0 la Belle \u00c9poque s\u2019y r\u00e9v\u00e8le aussi, qui ne manque pas d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Les ann\u00e9es de jeunesse et de jeune officier pauvre, marqu\u00e9es par les grands voyages initiatiques autour du monde, se r\u00e9tr\u00e9cissent le plus souvent en France aux espaces g\u00e9n\u00e9alogiques\u00a0: Ol\u00e9ron (St-Pierre, Sauzelle, Boyardville, La Cotini\u00e8re, mais jamais St-Trojan)\u202f; Saint-Porchaire o\u00f9 vit un temps sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e\u202f; \u00c9chillais. Lorsque l\u2019\u00e9crivain entre dans l\u2019ar\u00e8ne litt\u00e9raire, dans les ann\u00e9es 1880, quelques amis dans la mouvance du romancier r\u00e9gionaliste \u00c9mile Pouvillon l\u2019attirent du c\u00f4t\u00e9 de Montauban, mais il s\u2019agit d\u2019un midi ext\u00e9rieur \u00e0 notre actuelle r\u00e9gion (tout comme le Bretenoux cher \u00e0 son adolescence, en Quercy).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Un espace polaris\u00e9 autour de Rochefort\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Durant les ann\u00e9es 1890, celles o\u00f9 Loti \u00e9crit Le Roman d\u2019un enfant, les r\u00eaves d\u2019ubiquit\u00e9, de d\u00e9guisement, de d\u00e9doublement, s\u2019articulent ais\u00e9ment avec l\u2019identit\u00e9 de terroir, dans un espace polaris\u00e9 autour de Rochefort\u00a0: l\u2019\u00eele d\u2019Ol\u00e9ron, toujours, et sans accent sur l\u2019e (c\u2019est en f\u00e9vrier 1899\u00a0qu\u2019il rach\u00e8te \u00e0 St-Pierre la \u00ab\u00a0maison des a\u00efeules\u00a0\u00bb et le 24\u00a0avril qu\u2019il y fait son grand retour), Marennes, Fouras, Saintes aussi et les petits ports fluviaux de la Charente (St-Savinien, Taillebourg). Mais la fortune et la gloire (P\u00eacheur d\u2019Islande en 1886, l\u2018Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1891) entra\u00eenent d\u00e9sormais une mobilit\u00e9 nationale o\u00f9 Paris \u2013 qu\u2019il d\u00e9teste \u2013 devient le lieu des salons et des excentricit\u00e9s. La respiration profonde est ailleurs, vers ces suds qui nourrissent un tropisme addictif commencent d\u00e8s la Charente travers\u00e9e (en 1900, par un pont transbordeur qu\u2019\u00e9videmment Loti d\u00e9teste).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Mariage et ancrage \u00e0 Bordeaux\u2026 et Arcachon<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Le mariage avec Blanche Franc de Ferri\u00e8re introduit un ancrage bordelais (et, accessoirement, en Dordogne, sur les terres de son \u00e9pouse et de sa belle-famille\u00a0: Lamonzie-St-Martin\u202f; Vidasse, \u00e0 Pessac-sur-Dordogne), mais il n\u2019est qu\u2019\u00e9tape dans une circulation m\u00e9ridienne motiv\u00e9e par une mobilit\u00e9 pendulaire alternant le pi\u00e9mont pyr\u00e9n\u00e9en (l\u2019\u00e9t\u00e9, mais aussi \u00e0 No\u00ebl) et le marais rochefortais. Son marin-domestique Osman (le pr\u00e9nom turc est authentique et point une coquetterie orientaliste du ma\u00eetre) l\u2019attire vers le bassin d\u2019Arcachon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Une toponymie ferroviaire s\u2019installe, oubli\u00e9e aujourd\u2019hui. 3\u00a0ao\u00fbt 1903\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 1\u00a0h \u00bd, je quitte Rochefort, la maison dans le bouleversement des grands d\u00e9parts, la salle Renaissance encombr\u00e9e de mes caisses pour Constantinople. \u00c0 5\u00a0h, \u00e0 Bordeaux je trouve Samuel, qui va lui aussi au mariage d\u2019Osman et nous prenons le train pour Arcachon. \u00c0 Facture, la jolie t\u00eate souriante d\u2019Albert Elli\u00e8s, venu au-devant de moi, para\u00eet \u00e0 la porti\u00e8re. \u00c0 Lamothe, mon cher Osman para\u00eet aussi et monte avec nous. Ils combinent de descendre tous \u00e0 Gujan-Mestras, tandis que je continue jusqu\u2019\u00e0 la Hume.\u00a0\u00bb (Facture est une gare sur la ligne d\u2019Irun et Lamothe une autre, aujourd\u2019hui d\u00e9saffect\u00e9e, alors embranchement vers Irun ou Arcachon).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Un \u00e9picentre, la gare d\u2019Hendaye\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Il faut dire que le train permet de commodes arrangements d\u2019emploi du temps\u2026 6\u00a0ao\u00fbt 1903\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis cens\u00e9 n\u2019\u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 Bordeaux que vers 2\u00a0heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, et je vais rue Cornac, prendre Blanche et Samuel. \u00c0 5\u00a0heures nous prenons ensemble le train du Midi. Ils continuent tous deux sur Hendaye, et je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Morcenx pour un rendez-vous encore, infiniment plus d\u00e9sir\u00e9 que ceux d\u2019hier\u00a0\u00bb\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">La gare d\u2019Hendaye est-elle \u00e0 Loti ce que fut celle de Perpignan \u00e0 Dali\u202f? Peut-\u00eatre. Elle est souvent l\u2019\u00e9picentre de ses errances, celle o\u00f9 l\u2019attendent des domestiques attentifs, l\u2019amour transi de Berthe Durruty, ou les promesses de quelques jeunes ombres sensuelles\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Hendaye o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 10\u00a0h du soir, Tiburcio m\u2019attend. Nous entrons ensemble dans la petite maison, \u2013 et il semble qu\u2019\u00e0 cette arriv\u00e9e en pleine nuit, on y surprenne les mille souvenirs et fant\u00f4mes qui y dormaient, dans le silence d\u2019abandon\u00a0\u00bb (28\u00a0f\u00e9vrier 1903).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">A suivre, second volet consacr\u00e9 au \u00ab\u00a0Pays basque, nouvelle patrie et nouveau lieu d\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Alain Quella-Vill\u00e9ger\u00a0est historien, professeur agr\u00e9g\u00e9, sp\u00e9cialiste et biographe de Pierre Loti (1). Il vient de publier \u00ab\u00a0Pierre Loti, une vie de roman\u00a0\u00bb (Calmann-L\u00e9vy), qui a re\u00e7u le prix Jules-Verne 2020.<\/span><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Pierre Loti, homme du Sud ouest\u00a0: Le Pays basque, nouvelle patrie et autre lieu d\u2019\u00e9criture (2\/2)<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_8327\" style=\"width: 572px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-c\u00e9l\u00e8bre-auteur-de-Ramuntcho-a-choisi-d\u00e8s-la-fin-du-XIXe-si\u00e8cle-le-Pays-basque-comme-deuxi\u00e8me-patrie.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-8327\" class=\"wp-image-8327 size-full\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-c\u00e9l\u00e8bre-auteur-de-Ramuntcho-a-choisi-d\u00e8s-la-fin-du-XIXe-si\u00e8cle-le-Pays-basque-comme-deuxi\u00e8me-patrie.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons.jpg\" alt=\"Le c\u00e9l\u00e8bre auteur de Ramuntcho a choisi, d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, le Pays basque comme deuxi\u00e8me patrie. \u00a9 Cr\u00e9dit photo Wiki Commons\" width=\"562\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-c\u00e9l\u00e8bre-auteur-de-Ramuntcho-a-choisi-d\u00e8s-la-fin-du-XIXe-si\u00e8cle-le-Pays-basque-comme-deuxi\u00e8me-patrie.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons.jpg 562w, https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Le-c\u00e9l\u00e8bre-auteur-de-Ramuntcho-a-choisi-d\u00e8s-la-fin-du-XIXe-si\u00e8cle-le-Pays-basque-comme-deuxi\u00e8me-patrie.-\u00a9-Cr\u00e9dit-photo-Wiki-Commons-300x149.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 562px) 100vw, 562px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8327\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000000;\">Le c\u00e9l\u00e8bre auteur de Ramuntcho a choisi, d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, le Pays basque comme deuxi\u00e8me patrie. \u00a9 Cr\u00e9dit photo Wiki Commons<\/span><\/p><\/div>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Par Alain Quella-Vill\u00e9ger<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Publi\u00e9 le 07\/05\/2020<\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Rochefortais, l\u2019auteur de \u00ab\u00a0P\u00eacheur d\u2019Islande\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0Ramuntcho\u00a0\u00bb revendiquait son origine saintongeaise. Mais ce grand voyageur a sillonn\u00e9 la grande r\u00e9gion et avait fait d\u2019Hendaye un point fixe de sa g\u00e9ographie personnelle et litt\u00e9raire.<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Une premi\u00e8re version de cet article est parue dans le num\u00e9ro 113\u00a0de la revue Actualit\u00e9 Nouvelle-Aquitaine (\u00e9t\u00e9 2016).<\/strong><\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Le Pays basque, cette nouvelle patrie, r\u00e9unit les avantages d\u2019une vie libre, sportive, retir\u00e9e, mais aussi mondaine. L\u2019ami des t\u00eates couronn\u00e9es, m\u00eame d\u00e9chues, s\u2019\u00e9prend de grande amiti\u00e9 pour Nathalie de Serbie et lui rend souvent visite \u00e0 Biarritz (la premi\u00e8re, le 22\u00a0mai 1892), m\u00eame s\u2019il est plut\u00f4t un habitu\u00e9 de Saint-Jean-de-Luz ou de Bayonne (une vieille amie d\u2019enfance y r\u00e9side). Outre de lui offrir une compagne nourrissant de facto sa bigamie assum\u00e9e (Crucita Gainza, \u00ab\u00a0l\u2019Espagnole\u00a0\u00bb, rencontr\u00e9e fin novembre 1893), le Pays basque r\u00e9serve le charme pittoresque des villages Ascain ou A\u00efnhoa, sans oublier la contrebande.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Relire la journ\u00e9e du 15\u00a0juin 1893, \u00e0 Dantcharinea (transpos\u00e9e dans Ramuntcho), ou bien ce lundi 24\u00a0ao\u00fbt 1903\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le train de 5\u00a0h \u00bd du soir, \u00e0 St-Jean-de-Luz, avec Blanche et Samuel, pour la visite de chaque ann\u00e9e aux Baignol et \u00e0 ma vieille amie Melle Jacoba. Je la quitte \u00e0 7\u00a0heures, et une petite voiture m\u2019emm\u00e8ne, pour Sare, vers Dantcharrinea, pour une \u00e9quip\u00e9e de contrebande, avec les camarades contrebandiers d\u2019autrefois. Deux heures et demie de route dans la nuit pluvieuse, jusqu\u2019\u00e0 la sombre petite auberge. De minuit \u00e0 3\u00a0heures, \u00e0 la contrebande des chevaux\u202f; une fois encore, je me retrouve dans la for\u00eat pyr\u00e9n\u00e9enne, sous la pluie chaude, aux heures myst\u00e9rieuses d\u2019une nuit tr\u00e8s noire\u2026\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Ni adresses de restaurants, ni recettes gastronomiques\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Parfois, un syncr\u00e9tisme inattendu trouve refuge au-dessus de la Bidassoa. Mercredi 13\u00a0septembre 1903\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai les Thomson \u00e0 d\u00e9jeuner, avec le peintre Andr\u00e9 Brouill\u00e9. Osman leur sert des hu\u00eetres de son parc. Je les emm\u00e8ne \u00e0 Biriatou, voir la vieille \u00e9glise et le d\u00e9licieux monast\u00e8re.\u00a0\u00bb Peu d\u2019adresses de restaurants, point de recettes gastronomiques avec Loti\u202f; lui qui organisa de c\u00e9l\u00e8bres repas, comme la f\u00eate Louis XI, n\u2019a rien d\u2019un gourmet gourmand\u202f! Si son nom sera donn\u00e9 plus tard \u00e0 un cognac (sa visite \u00e0 Matha, en juin 1879, est indiff\u00e9rente aux vignobles), il ne boit pas d\u2019alcool et est quasiment v\u00e9g\u00e9tarien. Qu\u2019on ne compte donc pas sur lui pour promouvoir ap\u00e9ritifs, poulets et fromages de pays\u202f! Ni pour photographier gares et sites embl\u00e9matiques.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Des joueurs de pelote basque aux vieux paysans de Saint-Fort sur Gironde, des baigneurs de la plage d\u2019Hendaye \u00e0 l\u2019ouvrier ma\u00e7on pendant la construction de la \u2018\u2018mosqu\u00e9e\u2019\u2019 de sa maison, ses photos montrent plut\u00f4t le quotidien des vies, jamais le tourisme. Ses quelques dessins r\u00e9gionaux ne laissent place qu\u2019aux paysages des environs de Rochefort (\u00c9chillais) et aux bois de la Roche Courbon. Dessins, photos et \u00e9crits participent \u00e0 la narration autobiographique\u202f; il faudrait y ajouter l\u2019herbier f\u00e9tichiste des petits bouquets ficel\u00e9s, o\u00f9 surgissent des lieux \u00e0 forte densit\u00e9 affective. Comme la Gataudi\u00e8re, pr\u00e8s de Marennes, o\u00f9 Loti vient volontiers \u00ab\u00a0cueillir des roses sur la terrasse. On entend Maumusson qui fait grand bruit\u00a0\u00bb (28\u00a0novembre 1887).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>L\u2019\u00eele d\u2019Aix ou la Rhune, inconnues de Loti<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Une lecture quantitative de la mobilit\u00e9, des temps de trajets \u2013 par exemple, en 1892\u00a0: d\u00e9part de Rochefort \u00e0 4\u00a0h de l\u2019apr\u00e8s-midi, arriv\u00e9e \u00e0 Bordeaux \u00e0 10\u00a0h (\u00ab\u00a0h\u00f4tel pr\u00e8s de la gare\u00a0\u00bb), nouveau d\u00e9part \u00e0 7\u00a0h pour rejoindre Hendaye \u00e0 11\u00a0h 30. Il faut une nuit en train express pour revenir d\u2019Hendaye ou si c\u2019est en journ\u00e9e, partir \u00e0 1h \u00bd pour arriver \u00e0 minuit et demie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">On peut aussi chercher les angles morts, les terrae incognitae sur la carte \u00ab\u00a0lotienne\u00a0\u00bb\u00a0: Loti n\u2019est pas all\u00e9 dans l\u2019\u00eele d\u2019Aix, n\u2019est pas mont\u00e9 \u00e0 905\u00a0m. d\u2019altitude au sommet de la Rhune, si souvent nomm\u00e9e (et parfois \u00ab\u00a0d\u2019un violet lumineux et rose\u00a0\u00bb, 23\u00a0d\u00e9cembre 1897), se contenant du mont Aldabe (224\u00a0m.) sur le versant espagnol des Pyr\u00e9n\u00e9es (\u00e0 Irun\u00a0: voir son \u00ab\u00a0gai p\u00e8lerinage de la saint-Martial\u00a0\u00bb, en juin 1899).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>De Dax \u00e0 Poitiers, \u00e9tapes de hasard<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Dax, Cambo, Orthez, Pau, Saintes ne sont que des \u00e9tapes de hasard, comme Bazas le temps d\u2019une affaire myst\u00e9rieuse (18\u00a0septembre 1899), m\u00eame si l\u2019amoureux s\u2019\u00e9gare volontiers dans quelque village landais (20\u00a0ao\u00fbt 1898). On le voit fugitivement \u00e0 Royan, \u00e0 Pontaillac (c\u2019est d\u2019ailleurs, enfant, \u00e0 St-Georges de Didonne qu\u2019il avait d\u00e9couvert la mer), voire dans l\u2019ile de R\u00e9 aussi (1er septembre 1890). Au nord, il ne d\u00e9couvre que tr\u00e8s tardivement \u2013 avec ravissement \u2013 La Rochelle (\u00ab\u00a0Et je suis sous le charme\u00a0\u00bb, 19\u00a0mai 1906), cite deux fois le \u00ab\u00a0vieux village saintongeais\u00a0\u00bb d\u2019Esnandes, mentionne Marans ou Niort et ne s\u2019arr\u00eate \u00e0 Poitiers que lors d\u2019une correspondance ferroviaire, le temps d\u2019une promenade aux jardins de Blossac (25\u00a0septembre 1881). Le nom de Limoges n\u2019appara\u00eet jamais. L\u2019homme des marais n\u2019est pas arpenteur de montagnes\u202f; le marin se m\u00e9fie des for\u00eats. Et aucune rencontre ou relation ne l\u2019y a conduit.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Les premiers temps de l\u2019homme<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Quels que soient les lieux, il est toutefois un humus commun, une matrice homog\u00e8ne\u00a0: le pass\u00e9. Jean-Richard Bloch a judicieusement remarqu\u00e9 qu\u2019avec Loti, en mati\u00e8re de pass\u00e9, on est bien servi\u00a0: \u00ab\u00a0ce pass\u00e9 est de belle qualit\u00e9 puisqu\u2019il jette ses racines jusqu\u2019aux premiers temps de l\u2019homme\u00a0\u00bb (Europe, 1er octobre 1923). Or, les descriptions de Loti passent leur temps (c\u2019est une mani\u00e8re de parler) \u00e0 faire tr\u00e9passer du temps, \u00e0 le concasser, \u00e0 le remodeler aussi, \u00e0 jouer avec les uchronies. Une description \u00e9crite au pr\u00e9sent plonge volontiers dans les p\u00e9riodes pr\u00e9cambriennes. Pour d\u00e9signer une partie du myst\u00e8re provincial, \u00ab\u00a0le je-ne-sais-quoi inexprimable cach\u00e9 la nuit au fond des bois\u00a0\u00bb (de la Limoise, \u00e0 \u00c9chillais), celui des restes de Gaule primitive, Loti invente le terme \u00ab\u00a0elmique\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Chez lui, le pass\u00e9 est aussi source vive<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">On ne saurait pourtant r\u00e9duire l\u2019\u0153uvre et la pens\u00e9e de Loti \u00e0 sa dimension atavique et obsessionnelle des temps enfuis, de la ruine, de la mort. Le pass\u00e9 n\u2019est pas fatalement un fardeau paralysant, mais constitue aussi une source vive, pleine de forces dynamiques en qu\u00eate de traces (des illusions perdues, des autres, de soi-m\u00eame, des peuples) et alimentant un app\u00e9tit identitaire roboratif. Le pass\u00e9 y est un levain. Aussi Loti se fait-il volontiers d\u00e9fenseur du patrimoine, comme pour le site pyr\u00e9n\u00e9en de Gavarnie, ou pestant contre les sp\u00e9culateurs immobiliers qui d\u00e9naturent la beaut\u00e9 du littoral.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">De ces itin\u00e9raires au fil d\u2019un emploi du temps tr\u00e8s riche na\u00eet une carte par anamorphose, dont les distorsions, r\u00e9v\u00e8lent l\u2019homme qui l\u2019habite, \u00e9ternel insatisfait et jouisseur, marin toujours m\u00eame \u00e0 terre o\u00f9 les villages sont des ports, o\u00f9 m\u00eame les trains sont hauturiers\u00a0: \u00ab\u00a0j\u2019ai pris suivant l\u2019habitude le c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ouest dans mon wagon, pour voir s\u2019ouvrir, apr\u00e8s la longue et monotone travers\u00e9e des Landes, le golfe de Biscaye\u00a0\u00bb (24\u00a0d\u00e9cembre 1895).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>L\u2019Aquitaine, grand p\u00e9rim\u00e8tre avec vue sur mer<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">De l\u2019imaginaire g\u00e9ographique \u00e0 la g\u00e9ographie de l\u2019imaginaire, il n\u2019y a qu\u2019un pas, qu\u2019un d\u00e9placement \u2013 et d\u2019autant plus chez celui qui pr\u00e9f\u00e9ra aux romans historiques (ici-autrefois) les romans g\u00e9ographiques (ailleurs-maintenant\u202f; on dit aussi \u00ab\u00a0roman g\u00e9ographes\u00a0\u00bb). Aussi peut-on gloser sur la repr\u00e9sentation que se fait et que nous donne Loti de ce grand espace aquitain et proches si affinit\u00e9s. C\u2019est un p\u00e9rim\u00e8tre avec vue sur la mer, o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain puise ses propres mythes, avec des soci\u00e9t\u00e9s suppos\u00e9es fig\u00e9es dans une intemporalit\u00e9 rassurante\u00a0: grottes (Isturitz, Roche Courbon), villages vermoulus (Sare, \u00ab\u00a0toujours exquis, m\u00e9lancolique et vieux\u00a0\u00bb, 13\u00a0octobre 1895), mer toujours recommenc\u00e9e, rites, chants et religion venus des temps imm\u00e9moriaux\u202f; langues aussi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Notons toutefois que, si le lexique du Journal de Loti contient bien des traces du parler saintongeais ou des vocables bretons (sans compter toutes les occurrences turques, japonaises, polyn\u00e9siennes ou autres), Loti, si perm\u00e9able aux langues, n\u2019a pas du tout appris le basque (au moins cite-t-il l\u2019ongui etorri de la bienvenue et a-t-il donn\u00e9 un nom basque \u00e0 sa maison d\u2019Hendaye, le 6\u00a0ao\u00fbt 1899).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Lieu des origines et lieu des possibles<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Cet univers polymorphe est le lieu de l\u2019\u00e9criture, mais Loti ne pense pas, comme aujourd\u2019hui Annie Ernaux, que l\u2019\u00e9criture soit son \u00ab\u00a0vrai lieu\u00a0\u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> De wagons de premi\u00e8re en train-express, mais aussi du Roman d\u2019un enfant (1890) \u00e0 Ramuntcho (1897), se d\u00e9ploie un \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb matriciel r\u00e9el, \u00e0 la fois conservateur et subversif, \u00e0 la fois lieu des origines et des possibles (avec ses multiples amours, ses amiti\u00e9s renouvel\u00e9es, sa puissance d\u2019\u00e9ternelle jeunesse), mais aussi une fronti\u00e8re ouverte vers l\u2019Espagne, vers l\u2019Afrique (les villages d\u2019Ol\u00e9ron sont blancs comme des \u00ab\u00a0villages mauresques\u00a0\u00bb et la Roche-Courbon garde en juin 1908\u00a0\u00ab\u00a0son air tropical\u00a0\u00bb), et pour tout dire fantasm\u00e9 et exotique chez celui qui stipulait qu\u2019\u00ab\u00a0il n\u2019y a d\u2019urgent que le d\u00e9cor\u00a0\u00bb\u2026<\/span><\/p>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Alain Quella-Vill\u00e9ger est historien, professeur agr\u00e9g\u00e9, sp\u00e9cialiste et biographe de Pierre Loti (1). Il vient de publier \u00ab\u00a0Pierre Loti, une vie de roman\u00a0\u00bb (Calmann-L\u00e9vy), qui a re\u00e7u le prix Jules-Verne 2020.<\/span><\/h5>\n<p><a href=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Pierre-Loti-une-vie-de-roman-Calmann-L\u00e9vy-AQV1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7200 size-full\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Pierre-Loti-une-vie-de-roman-Calmann-L\u00e9vy-AQV1.png\" alt=\"Pierre Loti une vie de roman Calmann-L\u00e9vy-AQV\" width=\"468\" height=\"602\" srcset=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Pierre-Loti-une-vie-de-roman-Calmann-L\u00e9vy-AQV1.png 468w, https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Pierre-Loti-une-vie-de-roman-Calmann-L\u00e9vy-AQV1-233x300.png 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Pierre Loti, homme du Sud ouest\u00a0: Amours, patrimoine et transport ferroviaire (1\/2) &nbsp; Par Alain Quella-Vill\u00e9ger Publi\u00e9 le 07\/05\/2020 &nbsp; Rochefortais, l\u2019auteur de \u00ab\u00a0P\u00eacheur d\u2019Islande\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0Ramuntcho\u00a0\u00bb revendiquait son origine saintongeaise. Mais ce grand voyageur a sillonn\u00e9 la grande r\u00e9gion et avait fait d\u2019Hendaye un point fixe de sa g\u00e9ographie personnelle et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20,176,42,27],"tags":[85],"class_list":["post-8324","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actus","category-conversa","category-pierre-loti","category-recentes","tag-actualites-pierre-loti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8324","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8324"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8324\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8330,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8324\/revisions\/8330"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8324"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8324"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8324"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}