{"id":1928,"date":"2016-05-02T20:17:37","date_gmt":"2016-05-02T20:17:37","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/?p=1928"},"modified":"2018-01-22T08:55:12","modified_gmt":"2018-01-22T08:55:12","slug":"reponse-de-m-alfred-mezieres-au-discours-de-m-pierre-loti","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/?p=1928","title":{"rendered":"R\u00e9ponse de M. Alfred M\u00e9zi\u00e8res au discours de M. Pierre Loti"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1931\" style=\"width: 275px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.academie-francaise.fr\/les-immortels\/alfred-mezieres\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1931\" class=\"wp-image-1931\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Alfred-Mezieres.jpg\" alt=\"Alfred Mezieres\" width=\"265\" height=\"265\" srcset=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Alfred-Mezieres.jpg 155w, https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Alfred-Mezieres-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 265px) 100vw, 265px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1931\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Cliquez sur la photo pour acc\u00e9der \u00e0 la page d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Alfred M\u00e9zi\u00e8res sur le site de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/span><\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-Acad\u00e9mie-fran\u00e7aise.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1919 size-full\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-Acad\u00e9mie-fran\u00e7aise.png\" alt=\"logo Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\" width=\"411\" height=\"78\" srcset=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-Acad\u00e9mie-fran\u00e7aise.png 411w, https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-Acad\u00e9mie-fran\u00e7aise-300x56.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 411px) 100vw, 411px\" \/><\/a><\/p>\n<div id=\"attachment_1921\" style=\"width: 676px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.academie-francaise.fr\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1921\" class=\"wp-image-1921 size-full\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Photo-r\u00e9cente-Acad\u00e9mie-fran\u00e7aise.jpg\" alt=\"Photo r\u00e9cente Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\" width=\"666\" height=\"228\" srcset=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Photo-r\u00e9cente-Acad\u00e9mie-fran\u00e7aise.jpg 666w, https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Photo-r\u00e9cente-Acad\u00e9mie-fran\u00e7aise-300x102.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 666px) 100vw, 666px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1921\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Cliquez sur la photo pour acc\u00e9der au site de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise.<\/span><\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">R\u00e9ponse de M. Alfred M\u00e9zi\u00e8res au discours de M. Pierre Loti<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">DISCOURS PRONONC\u00c9 DANS LA S\u00c9ANCE PUBLIQUE le jeudi 7 avril 1892<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000000;\">PARIS PALAIS DE L\u2019INSTITUT<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Monsieur,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0C\u2019est aujourd\u2019hui un jour de f\u00eate pour la marine. Il y manque malheureusement celui d\u2019entre nous qui avait plus que personne le droit d\u2019y prendre part.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Avant de vous r\u00e9pondre, vous me permettrez de saluer, au nom de l\u2019Acad\u00e9mie, le vaillant amiral que vous aviez choisi pour un de vos parrains, qui vous avait donn\u00e9 le double exemple d\u2019une belle vie maritime et d\u2019une belle vie litt\u00e9raire. Vous l\u2019avez montr\u00e9 tous deux : l\u2019arm\u00e9e de mer ne se contente pas de servir la France par son courage, elle l\u2019honore par son talent. Elle \u00e9crit aussi bien qu\u2019elle agit. Personne n\u2019en doutait en vous \u00e9coutant tout \u00e0 l\u2019heure.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Je subissais comme tout le monde le charme de votre parole, et cependant j\u2019\u00e9tais tent\u00e9 de vous adresser tout bas un reproche amical. Vous m\u2019enlevez une partie tr\u00e8s agr\u00e9able de ma t\u00e2che : vous venez de parler de vous-m\u00eame comme j\u2019aurais aim\u00e9 \u00e0 le faire si vous ne m\u2019aviez pr\u00e9venu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous avez aussi parl\u00e9 heureusement et noblement de l\u2019illustre \u00e9crivain auquel vous succ\u00e9dez. Vous \u00e9tiez bien fait pour le comprendre ; l\u2019Acad\u00e9mie savait, en vous nommant, \u00e0 quelles mains d\u00e9licates elle confiait son \u00e9loge. Quoique vous \u00e9criviez comme lui en prose, vous avez comme lui l\u2019\u00e2me d\u2019un po\u00e8te. Le monde moral avec la complexit\u00e9 infinie des passions humaines, lui appartenait ; le monde ext\u00e9rieur, dans sa magnifique \u00e9tendue, depuis la mer du Nord jusqu\u2019aux mers de la Chine et du Japon, vous appartient. Votre imagination s\u2019en empare pour nous en donner le merveilleux spectacle. Vous nous conduisez dans les r\u00e9gions les plus lointaines : nous vous y suivons sans r\u00e9sistance, s\u00e9duits et entra\u00een\u00e9s par le charme de vos descriptions.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La nature a en elle-m\u00eame une valeur absolue, mais sa beaut\u00e9 n\u2019est comprise que par ceux qui savent la voir. Des millions d\u2019\u00eatres humains avaient regard\u00e9 avant vous les lieux que vous d\u00e9crivez : vous seul, n\u00e9anmoins, nous en laissez dans l\u2019esprit une image ineffa\u00e7able. Cela tient \u00e0 votre mani\u00e8re de sentir, \u00e0 la po\u00e9sie naturelle que vous portez en vous-m\u00eame. Si l\u2019on voulait d\u00e9couvrir la source o\u00f9 vous puisez cette \u00e9motion continue, cette sensibilit\u00e9 toujours pr\u00eate, c\u2019est \u00e0 vos propres confidences qu\u2019il faudrait en demander le secret.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous nous avez racont\u00e9 dans un livre intime les impressions de votre enfance. Nous vous voyons au milieu des v\u00f4tres, entour\u00e9 de la tendresse la plus affectueuse, pr\u00e9serv\u00e9 des premiers chocs de la vie par l\u2019amour d\u2019une m\u00e8re et de deux tantes exquises, n\u2019ayant sous les yeux que des sc\u00e8nes aimables dans un cadre de verdure et de fleurs, et saisi d\u00e9j\u00e0 n\u00e9anmoins par cette vague m\u00e9lancolie des choses que vous deviez promener plus tard \u00e0 travers l\u2019Oc\u00e9an. D\u00e9j\u00e0 la mer vous attire en vous inqui\u00e9tant ; elle vous promet l\u2019isolement au lieu des affections qui veillent sur vous, et vous ne pouvez r\u00e9sister \u00e0 l\u2019attrait de l\u2019inconnu, \u00e0 la s\u00e9duction de la solitude.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il y a en vous comme un pressentiment des angoisses futures : on dirait par moments, pendant quelques minutes furtives, que votre c\u0153ur d\u2019enfant est d\u00e9j\u00e0 \u00e9treint par les \u00e9motions qui vous attendent, lorsque, les soirs de d\u00e9cembre, votre bateau ira chercher un abri au fond de quelque baie inhabit\u00e9e de la c\u00f4te bretonne, ou lorsque, aux cr\u00e9puscules de l\u2019hivers austral, vers les parages de Magellan, vous n\u2019aurez d\u2019autre refuge que des terres perdues et des rivages inhospitaliers.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Peut-\u00eatre aussi faut-il attribuer \u00e0 l\u2019\u00e9ducation religieuse que vous avez re\u00e7ue la pr\u00e9cocit\u00e9 de vos sentiments, le caract\u00e8re s\u00e9rieux et profond de vos impressions premi\u00e8res. La Bible est une grande \u00e9cole de po\u00e9sie. Que de belles images, que de pens\u00e9es fortes ont d\u00fb p\u00e9n\u00e9trer, presque \u00e0 votre insu, dans votre esprit, lorsque vous entendiez la pri\u00e8re du soir, dite \u00e0 haute voix par votre p\u00e8re devant la famille assembl\u00e9e ! Trente ans apr\u00e8s, vous \u00eates encore obs\u00e9d\u00e9 par les versets bibliques qui hantent votre m\u00e9moire. Vous avez m\u00eame h\u00e9sit\u00e9 entre deux vocations : si vous n\u2019aviez pas \u00e9t\u00e9 marin, vous auriez \u00e9t\u00e9 pasteur. Vous seriez rest\u00e9 po\u00e8te, car vous l\u2019\u00eates profond\u00e9ment ; mais votre po\u00e9sie aurait choisi d\u2019autres sujets : c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 grand dommage pour les lettres ! Vous n\u2019auriez jamais \u00e9crit le <em>Mariage de Loti<\/em>. Votre r\u00e9putation date de l\u00e0 : ce premier succ\u00e8s a d\u00e9cid\u00e9 des autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Je m\u2019en souviens aujourd\u2019hui avec un peu de complaisance. L\u2019ouvrage me frappa : j\u2019en parlai dans un journal tr\u00e8s r\u00e9pandu, et j\u2019annon\u00e7ai qu\u2019un \u00e9crivain nous \u00e9tait n\u00e9. Je crois m\u00eame que je pronon\u00e7ai les grands noms de Bernardin de Saint-Pierre et de Chateaubriand. \u00c0 coup s\u00fbr, je ne pensais pas \u00e0 Virginie : Rarahu, la petite Tahitienne, ne lui ressemble gu\u00e8re. Elle n\u2019aurait pas perdu la vie par un scrupule de pudeur en refusant d\u2019\u00f4ter son v\u00eatement : elle n\u2019en portait aucun. Mais, comme les anc\u00eatres, vous d\u00e9couvriez des contr\u00e9es inconnues ; comme eux, vous tiriez vos principaux effets du cadre lointain o\u00f9 vous placiez vos personnages ; vous \u00e9veilliez notre curiosit\u00e9, vous provoquiez notre \u00e9motion par la nouveaut\u00e9 des sc\u00e8nes qui se d\u00e9roulaient sous nos yeux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous ne d\u00e9veloppiez pas n\u00e9anmoins les beaut\u00e9s de la nature dans des p\u00e9riodes amples et sonores, avec une majest\u00e9 tranquille et puissante. Vos proc\u00e9d\u00e9s, tout personnels, \u00e9taient diff\u00e9rents. Par une succession de traits rapides, par l\u2019abondance in\u00e9puisable des d\u00e9tails, vous arriviez \u00e0 nous rendre pr\u00e9sents, et en quelque sorte familiers, les spectacles les plus \u00e9loign\u00e9s de nos m\u0153urs, les tableaux les plus diff\u00e9rents de ceux que nous voyons tous les jours.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vos paysages \u00e9taient-ils plus ressemblants que ceux de vos pr\u00e9d\u00e9cesseurs ? Je n\u2019en r\u00e9pondrais pas : je me d\u00e9fie toujours de l\u2019imagination des po\u00e8tes ; je les soup\u00e7onne d\u2019embellir malgr\u00e9 eux la nature. Mais vous paraissiez plus simple, moins suspect de rh\u00e9torique, plus rapproch\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9. Vous nous donniez l\u2019illusion de la vie r\u00e9elle, observ\u00e9e de tr\u00e8s pr\u00e8s et sinc\u00e8rement reproduite. Ce n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre qu\u2019une nouvelle magie de l\u2019art, un moyen nouveau de nous surprendre et de nous s\u00e9duire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Mais \u00e0 quoi bon r\u00e9sister ? Laissons-nous aller \u00e0 la douceur de cet enchantement. Suivons avec vous la plage embaum\u00e9e, arr\u00eatons-nous devant l\u2019Oc\u00e9an d\u00e9sert, sous les longs cocotiers, au milieu du calme de la nature ; \u00e9coutons le bruissement monotone et \u00e9ternel des brisants de corail ; regardons les sites grandioses, les mornes de basalte, les for\u00eats suspendues aux flancs des montagnes sombres, et, tout autour de l\u2019\u00eele merveilleuse la solitude sans bornes du Pacifique. Sommes-nous d\u00e9j\u00e0 las de contempler ces spectacles imposants, la petite main de Rarahu va nous conduire au bord d\u2019un nid qui semble fait pour les amours. \u00ab Le sol \u00e9tait tapiss\u00e9 de fines gramin\u00e9es, de petites plantes d\u00e9licates, d\u2019o\u00f9 sortait une senteur pareille \u00e0 celle de nos foins d\u2019Europe pendant le beau mois de juin L\u2019air \u00e9tait tout charg\u00e9 d\u2019exhalaisons tropicales, o\u00f9 dominait le parfum des oranges surchauff\u00e9es dans les branches par le soleil de midi On n\u2019entendait que de l\u00e9gers bruits d\u2019eau, des chants discrets d\u2019insectes, ou, de temps en temps, la chute d\u2019une goyave trop mure, qui s\u2019\u00e9crasait sur la terre avec un parfum de framboise. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0C\u2019est l\u00e0 que Loti passe des journ\u00e9es d\u00e9licieuses en compagnie de la jeune Tahitienne, dont la beaut\u00e9 \u00e9trange et la gr\u00e2ce sauvage exercent sur lui leur enivrante s\u00e9duction. Par moments, il semble absorb\u00e9 dans la volupt\u00e9 de l\u2019heure pr\u00e9sente, tout \u00e0 la joie de vivre sous ce beau ciel, au milieu d\u2019une nature enchanteresse, entre les bras d\u2019une ma\u00eetresse sans pareille. Puis, tout \u00e0 coup, quels retours soudains de la r\u00e9flexion ! quelle reprise de soi-m\u00eame ! Votre h\u00e9ros n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 sans profit, comme vous, dans une maison recueillie, au sein d\u2019une famille pieuse ; son enfance n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inutilement berc\u00e9e de r\u00eaves mystiques et nourrie de pens\u00e9es graves. Il s\u2019arrache lui-m\u00eame, par une brusque secousse, \u00e0 l\u2019engourdissement des sens ; il reconna\u00eet la vanit\u00e9 en m\u00eame temps que la bri\u00e8vet\u00e9 du plaisir, et son c\u0153ur se gonfle d\u2019une indicible tristesse. Ces lieux pleins de d\u00e9lices, cette enfant exquise, il faudra les quitter tout \u00e0 l\u2019heure, les quitter pour toujours, sans m\u00eame \u00eatre assur\u00e9 de les avoir compris.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Deux \u00eatres humains se p\u00e9n\u00e8trent-ils jamais compl\u00e8tement ? Nous livrons-nous nous-m\u00eames jamais tout entiers ? Ne gardons-nous pas au plus profond de nos c\u0153urs quelque chose de myst\u00e9rieux et d\u2019insondable ? Combien cela est plus vrai encore quand il s\u2019agit de deux cr\u00e9atures s\u00e9par\u00e9es par la race, par le langage, par les m\u0153urs, par la culture et par les traditions !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous nous faites toucher du doigt tout ce qu\u2019il y a d\u2019imparfait dans le bonheur de Loti. L\u2019Europ\u00e9en civilis\u00e9 a aim\u00e9 la fille sauvage de la Polyn\u00e9sie, et il ne sait pas, il ne saura jamais ce qui se cache dans ces yeux noirs, sur ces l\u00e8vres \u00e9nigmatiques, au fond de ce c\u0153ur ferm\u00e9 ! Voil\u00e0 le supplice et le ch\u00e2timent de l\u2019homme moderne. \u00c0 peine est-il en possession d\u2019une joie, qu\u2019il en sent tout de suites les limites et qu\u2019il en pr\u00e9voit la fin. Cette note m\u00e9lancolique repara\u00eetra dans tous vos ouvrages. Vous n\u2019\u00e9crivez presque jamais sans nous laisser entrevoir, sous les spectacles les plus \u00e9blouissants de la nature, des myst\u00e8res et des profondeurs de tristesse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0C\u2019est l\u00e0 un des charmes de votre talent, c\u2019est pour cela qu\u2019on vous aime. Vous ne vous d\u00e9sint\u00e9ressez pas de vos peintures : il s\u2019en exhale comme une plainte et un g\u00e9missement continus qui, de votre c\u0153ur, vont au n\u00f4tre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Je ne vous dissimulerai pas pourtant que les mariages fr\u00e9quents de Loti nous emp\u00eachent de nous attendrir sur son sort autant que nous le voudrions. Il se d\u00e9sole assur\u00e9ment chaque fois qu\u2019il perd une femme, mais il se console rapidement en en prenant une autre. C\u2019est une question de latitude. Partout o\u00f9 le flot le d\u00e9pose, il cherche et trouve une Rarahu. \u00c0 Constantinople, elle s\u2019appelle Aziyad\u00e9 ; sur la c\u00f4te de Dalmatie, Pasquala ; \u00e0 Oran, Suleima ; au Japon, M<sup>me<\/sup> Chrysanth\u00e8me. Celle-ci n\u2019est pas la plus s\u00e9duisante, mais elle est la plus dr\u00f4le de la collection. Vous nous tracez d\u2019elle, de sa famille, de ses amis et de ses compatriotes, des portraits bien amusants. Dans votre \u0153uvre, habituellement s\u00e9rieuse, et qui, m\u00eame ici, garde par endroits une teinte de m\u00e9lancolie, le Japon offre un interm\u00e8de comique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Au loin, une ville immense, des sites grandioses, une nature pittoresque ; de pr\u00e8s, un cadre et des personnages pr\u00e9cieux, mani\u00e9r\u00e9s, artificiels et grotesques. Dans des jardins grands comme la main, avec des arbres hauts comme des choux, des lacs en miniature remplis de poissons rouges et des taupini\u00e8res qui simulent des montagnes, s\u2019\u00e9l\u00e8vent des maisonnettes \u00e0 compartiments en bois et en papier. Un seul c\u00f4t\u00e9 tient bon ; les trois autres c\u00f4t\u00e9s glissent sur des coulisses, s\u2019ouvrent, se ferment et se subdivisent en autant de bo\u00eetes ou de tiroirs que l\u2019exige le nombre des habitants.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on prie devant un Bouddha toujours \u00e9clair\u00e9, qu\u2019on fume dans des pipes minuscules et qu\u2019on mange avec des b\u00e2tonnets une foule de choses extraordinaires, des petits poissons secs, des crabes et des haricots au sucre, des fruits au vinaigre et au poivre. C\u2019est l\u00e0 aussi que s\u2019agitent des passions comme les n\u00f4tres, que le besoin de vivre am\u00e8ne des accommodements, des combinaisons et des arrangements d\u2019existence que nous croyions r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 nos vieilles civilisations d\u2019Occident. M., M<sup>me <\/sup>et M<sup>lles<\/sup> Cardinal existaient au Japon avant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts et d\u00e9crits par un de nos confr\u00e8res les plus spirituels. L\u00e0-bas aussi tout se passe avec dignit\u00e9 et gravit\u00e9. La famille enti\u00e8re, en toilette de c\u00e9r\u00e9monie, accompagne et installe la jeune fille chez son mari d\u2019occasion. On ne saurait trop honorer le noble \u00e9tranger qui daigne jeter les yeux sur une enfant du pays et lui t\u00e9moigner des sentiments g\u00e9n\u00e9reux. Pour plus de s\u00fbret\u00e9 cependant, on d\u00e9bat et on fixe le prix d\u2019avance ; on prend l\u2019autorit\u00e9 \u00e0 t\u00e9moin de la solennit\u00e9 du contrat. C\u2019est sous I\u2019\u0153il bienveillant du gouvernement, en vertu d\u2019un acte en bonne forme, sign\u00e9 devant la police, que se concluent ces unions de trois mois ou de trois semaines.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Loti, du reste, n\u2019est pas tromp\u00e9 : M<sup>me<\/sup> Chrysanth\u00e8me ne vaut ni plus ni moins qu\u2019il ne croyait. Lorsque passent devant ses yeux des visions de jalousie f\u00e2cheuses, il prend courage en contemplant la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de son propri\u00e9taire, M. Sucre. La femme de M. Sucre, M<sup>me<\/sup> Prune, recevait autrefois beaucoup de visiteurs. Quand elle \u00e9tait occup\u00e9e avec l\u2019un d\u2019eux et qu\u2019un nouvel arrivant survenait, le mari faisait prendre patience au nouveau venu en trempant son pinceau dans l\u2019encre de Chine et en peignant sur une jolie feuille de papier de riz deux cigognes, qu\u2019il lui offrait gracieusement comme un souvenir d\u2019amiti\u00e9. C\u2019est l\u00e0 une image tout \u00e0 fait calmante, un exemple r\u00e9confortant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Mais que pense M<sup>me <\/sup>Chrysanth\u00e8me ? Qu\u2019y a-t-il derri\u00e8re ce front \u00e9troit, dans cette cervelle d\u2019oiseau ? Loti, quoique au fond tr\u00e8s sceptique, croit entrevoir quelquefois dans les yeux brid\u00e9s de sa compagne des lueurs de sentiment ; il lui semble m\u00eame, \u00e0 certaines inflexions de voix c\u00e2lines et tendres, que ce petit c\u0153ur inconnu commence \u00e0 battre. Il n\u2019est fix\u00e9 que le jour du d\u00e9part, quand il entre sur la pointe du pied pour faire ses adieux et qu\u2019il trouve la sensible Mousm\u00e9 un marteau \u00e0 la main, comme un changeur, en train de v\u00e9rifier si les piastres blanches qu\u2019elle a re\u00e7ues rendent un son de bon aloi. Voil\u00e0 une d\u00e9couverte qui coupe naturellement court aux attendrissements de la s\u00e9paration. Reste l\u2019exquise politesse du pays, \u00e0 laquelle M<sup>me<\/sup> Chrysanth\u00e8me se garderait bien de manquer. Lorsque son seigneur et ma\u00eetre la quitte, elle se prosterne sur le seuil de la porte le front contre terre, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il disparaisse. En se retournant, Loti peut la voir encore dans cette posture et y trouver le r\u00e9sum\u00e9 de la civilisation japonaise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019extr\u00eame Orient ne vous rappelle pas seulement, Monsieur, des sc\u00e8nes de plaisir. Vous y avez \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9 \u00e0 de grands \u00e9v\u00e9nements, vous en rapportez des souvenirs de gloire ; vous \u00e9tiez des combattants de Formose, vous faisiez partie de l\u2019escadre command\u00e9e par l\u2019amiral Courbet. Personne ne lira sans \u00e9motion les pages que vous consacrez \u00e0 cette noble m\u00e9moire. Votre chef y revit tout entier, avec sa physionomie aust\u00e8re, avec la justesse de son coup d\u2019\u0153il et la fermet\u00e9 de son commandement, exigeant et obtenant tout de ses subordonn\u00e9s, n\u2019admettant ni discussion ni objection ; mais si s\u00fbr de lui-m\u00eame et si habitu\u00e9 \u00e0 la victoire qu\u2019au plus fort du p\u00e9ril il faisait passer dans toutes les \u00e2mes sa confiance intr\u00e9pide. Aucun officier ne connaissait ses plans, qu\u2019il tenait soigneusement cach\u00e9s ; mais on les savait si justes et si bien pr\u00e9par\u00e9s qu\u2019on s\u2019abandonnait sans r\u00e9sistance \u00e0 une direction si ferme. Puis, comme vous le dites en termes exquis, \u00ab apr\u00e8s l\u2019action qu\u2019il avait durement men\u00e9e, avec son absolutisme sans r\u00e9plique, il redevenait tout de suite un autre homme tr\u00e8s doux, s\u2019en allant faire la tourn\u00e9e des ambulances avec un bon sourire triste ; il voulait voir tous les bless\u00e9s, m\u00eame les plus humbles, leur serrer la main ; et eux mouraient plus contents, tout r\u00e9confort\u00e9s par sa visite \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Tous les soirs, \u00e0 Ma-Kung, il portait aux malades des paroles de consolation. Quelques jours avant sa mort, il traversait la rade sous une pluie d\u2019orage pour aller jusqu\u2019au campement de l\u2019infanterie de marine embrasser un lieutenant \u00e0 l\u2019agonie ; il suivait t\u00eate nue sur la plage empest\u00e9e le convoi d\u2019une autre victime. Le premier au devoir, le premier au p\u00e9ril, il avait le droit d\u2019exiger que chacun l\u2019y suiv\u00eet.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Une arm\u00e9e command\u00e9e par un tel chef ne conna\u00eet ni h\u00e9sitation ni d\u00e9faillance. Il tient entre ses mains tous les c\u0153urs et les anime de son propre courage. Vous les avez vus, Monsieur, les soldats et les marins de l\u2019amiral Courbet, vous avez \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin des prodiges d\u2019h\u00e9ro\u00efsme que cette poign\u00e9e d\u2019hommes accomplissait sous les balles chinoises, sous un ciel meurtrier, \u00e0 des milliers de lieues de la patrie ; vous les avez vus souffrir et mourir pour le drapeau, pour la France lointaine, sans un murmure et sans une plainte. Et ceux qui survivaient, affaiblis, \u00e9puis\u00e9s par la chaleur, par la dysenterie, par la fi\u00e8vre, n\u2019ont trouv\u00e9 de larmes que le jour o\u00f9 ils ont appris la maladie et la mort de leur chef. Ah ! vous avez bien raison de le dire, cette douleur marqu\u00e9e sur ces m\u00e2les visages, ces larmes silencieuses des matelots du <em>Bayard<\/em>, voil\u00e0 la plus belle oraison fun\u00e8bre d\u2019un grand homme de guerre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Dans le r\u00e9cit d\u2019une campagne h\u00e9ro\u00efque, vous n\u2019avez garde d\u2019oublier ceux que vous commandez. Ils sont, en effet, vos favoris. C\u2019est \u00e0 eux que vous r\u00e9servez vos sympathies. Aucun enchantement de la nature ne les arrache de votre c\u0153ur. Au milieu des plus beaux spectacles, vous revenez sans cesse en pens\u00e9e aux compagnons de vos fatigues et de vos dangers, aux marins qui servent sous vos ordres, dont vous mettez tous les jours le d\u00e9vouement \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Vos \u00e9crits sont tout p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s d\u2019un sentiment qui vous est particulier. Vous \u00eates pour vos soldats plus qu\u2019un chef, vous les traitez en fr\u00e8res. Vous-m\u00eame, dans <em>Mon fr\u00e8re Yves<\/em>, avez trouv\u00e9 le mot qui r\u00e9pond le mieux \u00e0 votre pens\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Nulle part dans notre langue on n\u2019avait encore parl\u00e9 avec un tel accent de ces modestes serviteurs de la patrie. On les saluait de loin comme des h\u00e9ros de tout temps populaires et dont le si\u00e8ge de Paris avait rajeuni la gloire ; on les connaissait peu ou mal. Le premier, vous nous faites entrer dans leur intimit\u00e9, vous nous d\u00e9voilez insensiblement le fond de ces \u00e2mes simples et fortes, et, sans dissimuler, sans excuser leurs fautes, vous nous les faites aimer comme vous les aimez vous-m\u00eame. Gr\u00e2ce \u00e0 vous, les marins ont trouv\u00e9 leur historien, ou plut\u00f4t leur po\u00e8te, car vous m\u00ealez \u00e0 tout ce que vous \u00e9crivez sur eux un sentiment po\u00e9tique dont les soucis d\u2019une profession dure et active n\u2019ont point alt\u00e9r\u00e9 la fra\u00eecheur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<em>Mon fr\u00e8re Yves<\/em> est une figure nouvelle dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Elle vous appartient sans conteste ; vous seul l\u2019avez cr\u00e9\u00e9e et anim\u00e9e. Elle vit dans nos m\u00e9moires avec une nettet\u00e9 extraordinaire, elle repr\u00e9sente une race et un type, le matelot breton. Vous personnifiez en elle les qualit\u00e9s et les d\u00e9fauts de milliers de ses semblables. Nous voyons Yves tout petit sur la c\u00f4te brumeuse, sous le ciel triste de la Bretagne, dans la maison basse et couverte de mousse o\u00f9 il a grandi ; orphelin tr\u00e8s jeune, se rappelant \u00e0 peine le visage de son p\u00e8re disparu dans une temp\u00eate ; \u00e9lev\u00e9 par une m\u00e8re pauvre et charg\u00e9e d\u2019enfants ; engag\u00e9 comme mousse \u00e0 quatorze ans pour lui venir en aide, lui envoyant r\u00e9guli\u00e8rement ce qu\u2019il gagne, et depuis lors matelot de l\u2019\u00c9tat, ballott\u00e9 sur toutes les mers, insouciant et intr\u00e9pide. Maintenant sa v\u00e9ritable patrie, c\u2019est le bord. C\u2019est l\u00e0 seulement qu\u2019il para\u00eet a son avantage, dans le cadre qui lui convient, au milieu de fatigues qu\u2019il supporte et de dangers qu\u2019il affronte le sourire aux l\u00e8vres, avec un courage tranquille.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Mais s\u2019il descend \u00e0 terre, il est perdu. Pour lui comme pour tant d\u2019autres, apr\u00e8s de longs voyages et de longues privations, la terre est la grande, l\u2019irr\u00e9sistible s\u00e9ductrice. L\u00e0 le cabaret l\u2019attend avec l\u2019alcool, l\u2019odieux alcool qui trouble ces jeunes cerveaux, qui transforme en brutes les meilleurs et les plus doux. Il y a bien entre les sc\u00e8nes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d\u2019ivresse des accalmies et des haltes. \u00c0 certaines heures, Yves est repris tout entier par les souvenirs de son enfance, envelopp\u00e9 par l\u2019atmosph\u00e8re calmante et saine de la campagne bretonne. L\u2019ordre qui r\u00e8gne dans les maisons, l\u2019aspect tranquille des hommes et des choses, l\u2019attitude des a\u00efeules graves et recueillies dans leur costume traditionnel, le maintien modeste des jeunes filles aux purs visages, ce je ne sais quoi de placide et d\u2019honn\u00eate qui flotte dans les paysages champ\u00eatres, amollissent le c\u0153ur, en le disposant au remords et au repentir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Une fois m\u00eame, Yves se laisse si bien reprendre au charme du pays natal qu\u2019il demande et qu\u2019il obtient la main d\u2019une jeune paysanne bretonne. Lui qui roule depuis dix ans \u00e0 travers l\u2019Oc\u00e9an, qui a sem\u00e9 une parcelle de sa jeunesse sur tous les rivages, dans toutes les tavernes des deux mondes, le voil\u00e0 transform\u00e9 en mari et en p\u00e8re. Il joue d\u2019abord son r\u00f4le avec conviction, avec une gaucherie pleine de candeur. On sent n\u00e9anmoins que cela ne durera pas. Il n\u2019est pas m\u00fbr encore pour cette existence paisible. La nostalgie de la mer le ressaisit. Ses poumons ont besoin d\u2019un air plus vif, ses yeux de spectacles plus vari\u00e9s, ses sens d\u2019\u00e9motions plus fortes. Il lui faut le tangage du navire, la lutte contre les \u00e9l\u00e9ments, la grande voix des vagues mugissantes et puis aussi, h\u00e9las ! les sensations aigu\u00ebs, la brutalit\u00e9 de l\u2019ivresse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Sa femme et son fils, grelottants, ont beau l\u2019attendre dans le froid logis, il revient sombre et farouche, le regard mauvais, le front contract\u00e9, les l\u00e8vres muettes. \u00c0 bord, on le rapporte les v\u00eatements en lambeaux, le visage meurtri, gardant encore sur ses traits d\u00e9compos\u00e9s un air de d\u00e9fi et de r\u00e9volte. Ses chefs auxquels il ob\u00e9it docilement en temps ordinaire, il ne les reconna\u00eet plus, il les insulte quelquefois ; peu s\u2019en faut qu\u2019il ne les frappe. Vous-m\u00eame, Monsieur, son fr\u00e8re et son protecteur, vous n\u2019\u00eates plus s\u00fbr de son ob\u00e9issance. Dans ces moments terribles, vous n\u2019oseriez pas lui donner un ordre, heurter de front la b\u00eate humaine.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Pourquoi l\u2019aimez-vous cependant ? pourquoi vous obstinez-vous \u00e0 le sauver malgr\u00e9 lui et finissez-vous m\u00eame par le tirer de l\u2019ab\u00eeme o\u00f9 sans vous il s\u2019enfon\u00e7ait ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0C\u2019est que vous avez d\u00e9couvert au fond de cette \u00e2me inculte des tr\u00e9sors de patience, de volont\u00e9, de courage. Vous l\u2019avez vu pendant les longues navigations des mers australes, sur les vergues secou\u00e9es par la temp\u00eate, sous la gr\u00eale, sous l\u2019\u00e9cume de la mer qui br\u00fblait le visage, les mains ensanglant\u00e9es, le dernier \u00e0 son poste de danger, se cramponnant \u00e0 la m\u00e2ture, alors que des grappes humaines se balan\u00e7aient dans le vide et que la rafale emportait ses camarades. Peut-\u00eatre dans quelque recoin obscur d\u2019un c\u0153ur si vaillant se cache-t-il une \u00e9tincelle divine, une lueur de sensibilit\u00e9 qui purifiera tout. Apr\u00e8s bien des incertitudes et bien des rechutes, votre esp\u00e9rance se r\u00e9alise. Vous pouvez maintenant saluer le matelot breton dans sa maison de Toulven, toute parfum\u00e9e de fleurs, sous les grands h\u00eatres moussus, pr\u00e8s des \u00e9tangs verd\u00e2tres et des plaines de bruy\u00e8res roses. Il ne reste plus des tourments d\u2019autrefois qu\u2019un grand besoin de paix et de joies domestiques. L\u2019\u00e2me refleurit et respire comme la campagne apr\u00e8s la temp\u00eate.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Votre h\u00e9ros est-il bien gu\u00e9ri ? Vous n\u2019en savez rien vous-m\u00eame ; vous ne comptez qu\u2019\u00e0 demi sur une conversion d\u00e9finitive, et vous terminez toujours par une r\u00e9flexion m\u00e9lancolique. Votre ga\u00eet\u00e9 n\u2019a qu\u2019un temps, vos joies sont passag\u00e8res. Vous ne parsemez de fleurs le chemin de la vie que pour nous en faire sentir plus fortement la tristesse finale. Vous avez beau recouvrir d\u2019une po\u00e9sie \u00e9clatante les sc\u00e8nes que vous peignez, chanter l\u2019hymne de la jeunesse, de la force, de la beaut\u00e9, de l\u2019amour, tout ce que vous \u00e9crivez s\u2019empreint d\u2019une invincible tristesse. \u00c0 peine nous avez-vous montr\u00e9 ce qu\u2019il y a de plus vivant et de plus aimable, que vous nous avertissez par un mot rapide, par une r\u00e9flexion involontaire, de la fragilit\u00e9 des choses. Votre m\u00e9lancolie, qui n\u2019a rien d\u2019appr\u00eat\u00e9, semble venir du plus profond de vous-m\u00eame. Au del\u00e0 du bonheur pr\u00e9sent et de l\u2019heure fugitive o\u00f9 on en jouit, vous apercevez avec une clairvoyance implacable les d\u00e9ceptions ou les douleurs que nous r\u00e9serve l\u2019avenir. Peut-\u00eatre est-ce un souvenir de la vie toujours expos\u00e9e du marin. Mais le malheur ou la mort planent sur vos romans comme des vautours qui guettent leur proie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Lorsque vous nous pr\u00e9sentez Jean Peyral, le beau spahi s\u00e9n\u00e9galais, vous nous faites esp\u00e9rer qu\u2019au sortir du pays noir, apr\u00e8s la monotonie des journ\u00e9es \u00e9nervantes sous un ciel de feu, apr\u00e8s la tristesse des plaines arides et des horizons nus, il finira par retrouver un jour dans un repli des C\u00e9vennes les rochers couverts de mousse, les ruisseaux murmurants et les ch\u00e2taigniers ombreux dont la nostalgie le poursuit \u00e0 travers l\u2019Oc\u00e9an, les vieux parents dans l\u2019humble logis et la fianc\u00e9e toujours fid\u00e8le. Mais tout cela n\u2019est qu\u2019un mirage, I\u2019illusion d\u2019une \u00e2me na\u00efve. Sa fianc\u00e9e, lasse de l\u2019attendre, en \u00e9pousera un autre. Lui-m\u00eame ne reverra jamais les montagnes natales.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Au del\u00e0 de Podor, sur un des chemins perdus de la myst\u00e9rieuse Afrique, pendant une reconnaissance, au milieu des hautes herbes, il sera assailli par des n\u00e8gres en embuscade, renvers\u00e9 de cheval, et, malgr\u00e9 une r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque, assassin\u00e9 \u00e0 coups de couteau. Longtemps le p\u00e8re et la m\u00e8re attendront au coin du foyer, dans les veill\u00e9es d\u2019hiver, l\u2019enfant de leur amour ; au moment m\u00eame o\u00f9 leur c\u0153ur s\u2019ouvrira \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance de le revoir, son corps sera d\u00e9chir\u00e9 par les b\u00eates f\u00e9roces, ses os tra\u00eeneront sur le sable, son cr\u00e2ne blanchira sous le vent du d\u00e9sert.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Voil\u00e0, Monsieur, quelques-uns des spectacles que vous aimez \u00e0 nous montrer. Vous nous faites ainsi passer de la douceur des sentiments les plus purs \u00e0 l\u2019angoisse des sensations les plus poignantes. Sentiments, sensations ! C\u2019est bien l\u00e0 ce qui distingue deux \u00e9coles de romanciers, celle d\u2019autrefois et celle d\u2019aujourd\u2019hui ; l\u2019une qu\u2019on accuse d\u2019avoir vieilli, l\u2019autre qui sera bient\u00f4t plus vieille encore et plus d\u00e9mod\u00e9e, si on en juge par les indignations saintes, par le retour vers l\u2019id\u00e9al qu\u2019elle provoque dans une partie de la jeunesse affam\u00e9e de mysticisme, aux prises avec les myst\u00e8res de l\u2019inconnu et de l\u2019au-del\u00e0.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous plaidez la cause de l\u2019ancienne \u00e9cole, vous venez de la d\u00e9fendre contre les d\u00e9dains du pr\u00e9sent dans une profession de foi \u00e9mue et courageuse ; mais vous \u00eates aussi de votre temps. Quoique vous restiez un id\u00e9aliste convaincu, vous ne reculez pas devant la reproduction la plus hardie de la r\u00e9alit\u00e9. Le sentiment qui suffisait \u00e0 Feuillet pour \u00e9crire l\u2019histoire intime des \u00e2mes, ne vous suffirait plus pour nous montrer le dehors des choses. La nature m\u00eame de votre talent, la facult\u00e9 de tout voir et de tout colorer qui vous est particuli\u00e8re, vous entra\u00eenent vers un autre th\u00e9\u00e2tre. Sur la vaste sc\u00e8ne du monde, ce sont les images qui vous frappent les premi\u00e8res, qui s\u2019enfoncent les premi\u00e8res dans votre cerveau ; les id\u00e9es ne s\u2019\u00e9veillent qu\u2019\u00e0 leur suite. L\u2019\u00e9motion qui fait vibrer votre \u00e2me vous arrive par les yeux. Si vous les fermiez, l\u2019univers vous para\u00eetrait inanim\u00e9 ; vous n\u2019entendriez plus les voix secr\u00e8tes de l\u2019id\u00e9al.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous vous r\u00e9clamez avec gr\u00e2ce de votre pr\u00e9d\u00e9cesseur, vous invoquez entre vous et lui une parent\u00e9 intellectuelle. N\u2019est-ce point l\u00e0 une illusion ou un artifice de pi\u00e9t\u00e9 acad\u00e9mique ? Par certains c\u00f4t\u00e9s, vous appartenez au contraire \u00e0 une famille d\u2019esprits tout diff\u00e9rents. Vous qui ne lisez rien, vous avez lu Flaubert. Un instinct myst\u00e9rieux, une affinit\u00e9 inconsciente vous attiraient sans doute vers lui. Vous ne vous contentez pas, comme Octave Feuillet, d\u2019\u00e9mouvoir les c\u0153urs ; vous voulez parler \u00e0 nos sens ; vous avez parfois besoin d\u2019\u00e9taler sous nos yeux les spectacles mat\u00e9riels, les traits qui se d\u00e9composent, les membres qui se tordent sous la douleur, le r\u00e2le qui s\u2019\u00e9chappe des poitrines sifflantes les convulsions supr\u00eames de l\u2019agonie et de la mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Aucun roman naturaliste ne d\u00e9passe en puissance et en horreur la peinture que vous nous faites des derni\u00e8res ann\u00e9es, des derniers jours d\u2019un vieux marin. Dans la plus r\u00e9cente de vos \u0153uvres, dans le r\u00eave d\u00e9licieux que vous intitulez <em>Fant\u00f4me d\u2019Orient<\/em> apr\u00e8s nous avoir berc\u00e9s par la musique de vos paroles, apr\u00e8s nous avoir enivr\u00e9s de lumi\u00e8re et de po\u00e9sie, vous entr\u2019ouvrez tout \u00e0 coup un coin noir de Stamboul, la porte d\u2019un taudis sombre ; vous nous amenez au chevet d\u2019une n\u00e9gresse en guenilles agonisant sur un grabat sordide. Vous avez calcul\u00e9 votre effet. Vous nous teniez suspendus entre le ciel et la terre, sur un nuage d\u2019azur : par une brusque secousse, vous nous pr\u00e9cipitez dans l\u2019enfer de la r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019\u00e9cole nouvelle, m\u00eame la v\u00f4tre, ne conna\u00eet pas les scrupules litt\u00e9raires qui tourmentaient la vie et qui troublaient la conscience d\u2019Octave Feuillet. Pourvu qu\u2019elle secoue nos nerfs, qu\u2019elle fasse passer dans nos veines un frisson de piti\u00e9 ou de terreur, les moyens lui sont indiff\u00e9rents. Sentiments et sensations, angoisses morales et souffrances physiques, tout vous est bon, Monsieur, pour nous arracher des larmes. Personne de notre temps n\u2019en fait plus verser que vous. Vous avez au plus haut degr\u00e9 le don du path\u00e9tique, mais ce n\u2019est ni le path\u00e9tique de <em>Sibylle<\/em> ni celui de <em>Julia de Tr\u00e9c\u0153ur<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous connaissez heureusement des moyens moins violents de nous \u00e9mouvoir. Vous nous touchez plus profond\u00e9ment encore dans les peintures plus discr\u00e8tes de la douleur morale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0D\u2019o\u00f9 vient le charme puissant de <em>P\u00eacheur d\u2019Islande<\/em> sinon de la tristesse infinie que vous y avez r\u00e9pandue ? Que tout cela est triste en effet, depuis le pale soleil de la mer du Nord jusqu\u2019aux landes d\u00e9sol\u00e9es de Ploubazlanec ! Et cependant vous \u00e9claircissez la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du paysage par la peinture du plus d\u00e9licat, du plus pur amour ; sous ce ciel habituellement sombre, vous faites \u00e9clore une fleur d\u00e9licieuse, du parfum le plus suave et le plus p\u00e9n\u00e9trant. De quelle main l\u00e9g\u00e8re vous tracez le portrait de votre h\u00e9ro\u00efne ! Elle ne ressemble \u00e0 aucune de vos cr\u00e9ations ant\u00e9rieures. Les femmes que vous mettiez en sc\u00e8ne jusque-l\u00e0 n\u2019\u00e9taient faites que pour le plaisir. Celle-ci a la gr\u00e2ce et le charme d\u2019une vierge. Son \u00e2me innocente ne s\u2019ouvre qu\u2019\u00e0 des pens\u00e9es chastes. Elle pourrait ne pas aimer, se consacrer uniquement \u00e0 Dieu comme tant de filles bretonnes. Mais si l\u2019amour entre dans ce c\u0153ur virginal, il s\u2019en emparera tout entier et pour toujours. \u00c0 peine a-t-elle aper\u00e7u le clair regard d\u2019Yann fix\u00e9 sur elle, qu\u2019elle lui appartient d\u00e9j\u00e0. Elle ne voudra plus, elle ne pourra plus se reprendre. Pendant les ti\u00e8des soir\u00e9es d\u2019\u00e9t\u00e9, sur la place de Paimpol, par la fen\u00eatre ouverte, \u00e0 quoi pense la jeune fille ? Bien loin, au del\u00e0 des horizons connus, vers la vaste \u00e9tendue des eaux mornes et glac\u00e9es, elle cherche le visage du bien-aim\u00e9, elle sourit int\u00e9rieurement \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance de le revoir bient\u00f4t, elle pr\u00e9pare les paroles qu\u2019elle lui adressera et qui ne pourront manquer de toucher son c\u0153ur. Et lui, dans ses longues croisi\u00e8res, lorsqu\u2019il est berc\u00e9 par la vague ou secou\u00e9 par la temp\u00eate, entrevoit-il, sur la c\u00f4te bretonne, un fin profil de femme qui l\u2019appelle et qui l\u2019attend ? Peut-\u00eatre ; mais si cette vision le poursuit, il en ensevelit l\u2019image dans le plus profond de son c\u0153ur, il promet \u00e0 ses amis, il se jure \u00e0 lui-m\u00eame de n\u2019\u00e9pouser que la mer.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Redoute-t-il de se laisser amollir par les douceurs de l\u2019amour, ou ne craint-il pas plut\u00f4t d\u2019associer une fr\u00eale destin\u00e9e \u00e0 sa dangereuse existence ? Que de fois, pendant qu\u2019il tenait la barre dans ses mains crisp\u00e9es, \u00e0 bout de forces, ruisselant d\u2019eau, transi de froid, fuyant avec une supr\u00eame \u00e9nergie sur la mer d\u00e9mont\u00e9e, assailli par des lames furieuses, sentant le bateau trembler et menacer de se disjoindre \u00e0 chaque secousse, il a entrevu la mort prochaine, in\u00e9vitable ! Faut-il condamner celle qu\u2019on aime aux angoisses de l\u2019attente, aux horreurs du veuvage ? Ne vaut-il pas mieux n\u2019exposer et ne sacrifier que soi ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Mais elle, la vaillante, elle a dans les veines le sang des hommes de mer. Elle conna\u00eet le p\u00e9ril, et elle le brave. Les rencontres fun\u00e8bres elles-m\u00eames, les avertissements qui se multiplient sous ses pas, n\u2019\u00e9branlent pas son courage. Dans la vieille chapelle battue par les vents du large, elle voit le nom de Gaos inscrit trois fois sur des plaques de naufrag\u00e9s. Elle prie et elle pleure pour ceux qui sont morts si jeunes et si loin ; mais son amour n\u2019en devient que plus profond, m\u00eal\u00e9 maintenant d\u2019attendrissement et de piti\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous ne refusez pas \u00e0 la pauvre enfant quelques heures de f\u00e9licit\u00e9, vous ramenez \u00e0 ses pieds Yann, vaincu par tant d\u2019amour, et vous \u00e9crivez m\u00eame l\u2019idylle charmante de leur bonheur, mais c\u2019est pour mieux nous faire sentir la cruaut\u00e9 du lendemain. Vous aimez les contrastes cruels. La vieille Moan riait aussi ; elle contait plaisamment des histoires joyeuses la derni\u00e8re fois qu\u2019elle promenait dans les rues de Brest son petit-fils Sylvestre. Puis, apr\u00e8s de longs silences, elle apprenait tout \u00e0 coup qu\u2019elle ne le reverrait plus, qu\u2019il dormait l\u00e0-bas, l\u2019enfant de dix-neuf ans, le dernier de sa race, dans le cimeti\u00e8re de Singapour, la poitrine trou\u00e9e par une balle chinoise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Les larmes apr\u00e8s le rire, la douleur apr\u00e8s la joie, n\u2019est-ce pas l\u2019\u00e9ternelle le\u00e7on que nous donnent les choses, le r\u00e9sum\u00e9 de la vie humaine, l\u2019antith\u00e8se favorite des grands po\u00e8tes, les lendemains de Juliette, de Desd\u00e9mone et de do\u00f1a Sol ? Seulement les malheurs que chantent les po\u00e8tes sont ou imaginaires ou att\u00e9nu\u00e9s par le lointain de l\u2019histoire, par le merveilleux de la l\u00e9gende. C\u2019est l\u2019art de l\u2019\u00e9crivain qui nous \u00e9meut, ce n\u2019est pas l\u2019angoisse de la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019\u00e9motion que vous provoquez est plus poignante. L\u2019histoire d\u2019Yann et de Gaud date d\u2019hier, elle recommencera demain, toujours, aussi longtemps que les p\u00eacheurs de Paimpol iront jeter leurs lignes dans la mer d\u2019Islande. Pendant de longs mois le logis sera pr\u00e9par\u00e9 et orn\u00e9 pour le retour, mais tous ne reviendront pas. Chaque ann\u00e9e des femmes, des fianc\u00e9es, des m\u00e8res guetteront sur le rivage l\u2019arriv\u00e9e des bateaux ; elles aussi, quand la voile attendue tardera \u00e0 para\u00eetre et qu\u2019elles auront fatigu\u00e9 leurs yeux \u00e0 la chercher sur l\u2019Oc\u00e9an, elles iront prier \u00e0 la chapelle des naufrag\u00e9s, elles regarderont avec terreur sur la muraille la place vide o\u00f9 sera peut-\u00eatre demain une inscription fun\u00e9raire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ces douleurs de la vie maritime existaient avant vous. Depuis des si\u00e8cles la saison d\u2019\u00e9t\u00e9 ram\u00e8ne dans bien des c\u0153urs les m\u00eames angoisses, sur bien des t\u00eates les m\u00eames menaces. D\u2019o\u00f9 vient que nous le savions \u00e0 peine ? Pourquoi le grand public ignorait-il le double drame qui se joue chaque \u00e9t\u00e9 sur la mer d\u2019Islande et sur les c\u00f4tes de la Bretagne ? Personne n\u2019en avait encore fix\u00e9 en traits durables les p\u00e9rip\u00e9ties \u00e9mouvantes, personne n\u2019en laissait dans nos esprits une image immortelle. Vous l\u2019avez fait le premier, Monsieur : c\u2019est votre honneur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Vous en \u00eates r\u00e9compens\u00e9 par la popularit\u00e9 de votre \u0153uvre, par la reconnaissance que vous t\u00e9moignent nos populations maritimes. Elles savent bien ce qu\u2019elles vous doivent. Quand un malheur plus cruel que les autres s\u2019abat sur elles, quand la mer implacable a d\u00e9vor\u00e9 plus de victimes, les mains se tendent vers vous comme vers un bienfaiteur. C\u2019est vous qu\u2019on charge de faire appel \u00e0 la piti\u00e9 publique, ce sont les pages de votre livre qui font pleuvoir l\u2019or dans la bourse des qu\u00eateuses. Telle est l\u2019influence des lettres : elles n\u2019honorent pas seulement l\u2019esprit humain, elles \u00e9l\u00e8vent et elles fortifient l\u2019\u00e2me en y d\u00e9veloppant le germe des sentiments g\u00e9n\u00e9reux. M. de Montyon ne se trompait pas lorsqu\u2019il confiait \u00e0 une compagnie litt\u00e9raire le soin de d\u00e9couvrir et de r\u00e9compenser les belles, actions. Cette compagnie vous attendait, Monsieur. En \u00e9crivant <em>P\u00eacheur d\u2019Islande<\/em>, vous aviez conquis un double titre \u00e0 ses suffrages. Votre jeunesse, qu\u2019on invoquait contre vous, n\u2019\u00e9tait pas un obstacle ; elle nous charmait au contraire en nous donnant l\u2019esp\u00e9rance de vous conserver plus longtemps parmi nous.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Votre pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e9tait bien jeune aussi lorsque l\u2019Acad\u00e9mie lui ouvrit ses portes. Mais que cette jeunesse avait d\u2019\u00e9clat, d\u2019\u00e9l\u00e9gance et de s\u00e9duction ! Dans quelles r\u00e9gions charmantes elle nous entra\u00eenait \u00e0 sa suite !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Octave Feuillet ne nous ouvrait pas comme vous les perspectives infinies des horizons lointains. Il ne vous aurait pas suivi dans vos courses rapides. Il \u00e9tait au contraire le plus casanier des hommes. Le chemin de fer lui faisait peur : il en \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 la diligence, tout au plus \u00e0 la chaise de poste. Mais il explorait le monde moral avec la curiosit\u00e9 aiguis\u00e9e et ardente que d\u2019autres apportent dans l\u2019exploration du monde physique. Il aimait \u00e0 observer les recoins les plus secrets de l\u2019\u00e2me humaine, \u00e0 d\u00e9couvrir surtout ce que cache un c\u0153ur de femme, ce qu\u2019un visage paisible ou une apparence tranquille peuvent dissimuler de d\u00e9sirs, de passions et d\u2019orages. les ab\u00eemes de la mer sont moins profonds que ceux de la conscience. Il naviguait dans ces parages dangereux, sur ces eaux parsem\u00e9es d\u2019\u00e9cueils, avec une s\u00fbret\u00e9 merveilleuse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il avait pour se guider un sentiment tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 de l\u2019art, une distinction souveraine, le respect des lettres, le respect du public, le respect de lui-m\u00eame. Dans son \u0153uvre si riche et si vari\u00e9e il n\u2019arr\u00eate jamais notre attention sur des sujets grossiers, il ne rabaisse jamais l\u2019esprit humain \u00e0 l\u2019observation des vulgarit\u00e9s de l\u2019existence, \u00e0 l\u2019\u00e9tude minutieuse des sensations malsaines. C\u2019est l\u2019homme int\u00e9rieur qu\u2019il \u00e9tudie, l\u2019homme que nous croyons conna\u00eetre et dont la physionomie se renouvelle sans cesse sous l\u2019influence du temps, de la civilisation, des milieux. \u00c0 chaque tournant de l\u2019histoire le roman et le th\u00e9\u00e2tre, ces deux gloires de la France, essayent d\u2019en fixer pour un moment l\u2019image fugitive. Et le flot succ\u00e8de au flot, emportant les portraits du jour pour les remplacer par les portraits du lendemain. Heureux celui qui dans cette mobilit\u00e9 des choses a saisi les traits durables pour les transmettre \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Les premiers succ\u00e8s obtenus par Octave Feuillet dans une grande maison dont vous aussi, Monsieur, vous connaissez l\u2019hospitalit\u00e9, dans la <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, lui permirent d\u2019observer de pr\u00e8s, comme il le d\u00e9sirait, les m\u0153urs et les caract\u00e8res d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 choisie. Les salons les plus aristocratiques, les plus ferm\u00e9s d\u2019ordinaire, accueillirent avec empressement l\u2019\u00e9crivain d\u00e9licat et spirituel qui en parlait d\u00e9j\u00e0 la langue avant d\u2019y avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il y vit l\u2019envers des \u00e9l\u00e9gances mondaines, les dessous compliqu\u00e9s et souvent douloureux des vies les plus envi\u00e9es. Au fond, la nature humaine reste partout la m\u00eame, expos\u00e9e \u00e0 beaucoup de tentations, de p\u00e9rils et de souffrances. Le rang, la naissance, la richesse, le luxe, ne nous affranchissent d\u2019aucune douleur morale ; souvent m\u00eame ils y ajoutent quelque chose de plus poignant par le mensonge des apparences. Si le fond ne change gu\u00e8re sous les formes changeantes, chaque milieu social et chaque \u00e9poque n\u2019en gardent pas moins une physionomie distincte. La puissance de l\u2019observateur se r\u00e9v\u00e8le par la fid\u00e9lit\u00e9 du tableau qu\u2019il nous en laisse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Pendant quelques ann\u00e9es, la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e9gante et raffin\u00e9e a pu se reconna\u00eetre dans les personnages d\u2019Octave Feuillet, avec son ironie l\u00e9g\u00e8re, avec sa gr\u00e2ce aimable, avec le contraste des vertus qui r\u00e9sistent encore et de la perversit\u00e9 montante. Les femmes en sont la fleur, le charme, la joie et le tourment. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des cr\u00e9atures exquises, dont aucun nuage ne ternit la puret\u00e9, d\u2019autres occupent la sc\u00e8ne, inqui\u00e9tantes et troubl\u00e9es, \u00e9tourdies par le tourbillon du monde, entra\u00een\u00e9es vers l\u2019ab\u00eeme par la curiosit\u00e9 ou par la passion. Le romancier ne les pr\u00e9serve pas de la chute finale, mais il n\u2019accorde \u00e0 aucune le b\u00e9n\u00e9fice du bonheur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Le bonheur sera pour les honn\u00eates gens, pour les m\u00e9nages unis, pour la pure idylle d\u2019<em>Un jeune homme pauvre<\/em>, pour les existences qui s\u2019\u00e9coulent doucement, dans une vieille habitation de province, sous l\u2019\u0153il des portraits des anc\u00eatres, sous la protection des souvenirs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La mort sera pour les autres. Dans ces folles \u00e9quip\u00e9es, la petite Comtesse, le Sphinx, C\u00e9cile de St\u00e8le, ont mis leur vie pour enjeu. Des principes d\u2019autrefois, des sentiments religieux de leur enfance, des traditions saintes qu\u2019elles ont re\u00e7ues avec le sang, il leur reste encore assez de fiert\u00e9 pour ne pas supporter les lendemains du d\u00e9shonneur. Julia de Tr\u00e9c\u0153ur n\u2019attend pas la d\u00e9faite in\u00e9vitable : pour y \u00e9chapper, elle lance son cheval dans la mer du haut de la falaise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ce n\u2019est pas la vertu, mais ce n\u2019est pas du moins la passion satisfaite et triomphante. Ceux qui voudront juger par de telles images un moment de notre histoire n\u2019y trouveront ni justifications, ni r\u00e9habilitations \u00e9quivoques . Le ch\u00e2timent suit imm\u00e9diatement la faute.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La fiction se termine ainsi par un enseignement. Octave Feuillet est trop artiste pour nous le donner directement, mais il a en m\u00eame temps une conception trop haute du roman et du th\u00e9\u00e2tre pour ne s\u2019en servir que comme d\u2019un instrument frivole uniquement destin\u00e9 au divertissement du public Si la soci\u00e9t\u00e9 indiff\u00e9rente lui offre p\u00eale-m\u00eale sans discernement et sans choix, les types les plus divers il les soumet \u00e0 un jugement, \u00e0 un contr\u00f4le moral.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ses criminels m\u00eames nous apprennent quelque chose. M. de Camors a cru remplacer les vertus ordinaires, la foi, l\u2019amour du bien, la probit\u00e9, la droiture, par la religion moderne de l\u2019honneur. Un jour vient o\u00f9 ce fragile rempart s\u2019\u00e9croule \u00e0 son tour, o\u00f9 cet homme si s\u00fbr de lui se sent d\u00e9shonor\u00e9 \u00e0 ses propres yeux. Il aurait brav\u00e9 le m\u00e9pris du monde s\u2019il avait pu lui-m\u00eame s\u2019estimer encore, il ne r\u00e9siste pas \u00e0 son propre m\u00e9pris.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Dira-t-on que ce sont l\u00e0 des caract\u00e8res romanesques, \u00e9trangers et sup\u00e9rieurs \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ? Octave Feuillet r\u00e9pond par l\u2019exemple personnel de sa vie. Cette d\u00e9licatesse qu\u2019il attribue aux meilleurs de ses h\u00e9ros, cette fiert\u00e9 qu\u2019il laisse aux plus mauvais, ce sont les sentiments dont il s\u2019est nourri, dont il a v\u00e9cu, qui n\u2019ont fl\u00e9chi sous le poids d\u2019aucune des \u00e9preuves, d\u2019aucun des tourments de sa vie. Quand il peint la noblesse de l\u2019\u00e2me, les scrupules de la conscience, on dirait qu\u2019il se peint lui-m\u00eame. Dans sa loyaut\u00e9 et dans sa probit\u00e9 inflexibles, il ressemble \u00e0 un personnage \u00e9chapp\u00e9 de ses romans.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il a pass\u00e9 une partie de son temps \u00e0 s\u2019examiner avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, avec inqui\u00e9tude, \u00e0 se poser des probl\u00e8mes de conduite, \u00e0 se demander ce qu\u2019exigeait, ce qu\u2019ordonnait le devoir. Cherchant toujours le mieux et d\u00e9sesp\u00e9rant de l\u2019atteindre, difficile pour ses \u00e9crits, il l\u2019\u00e9tait encore plus pour ses actions. Que de fois il a pris parti contre lui-m\u00eame dans la crainte de n\u2019\u00eatre pas assez juste pour les autres ! Tous les sacrifices lui paraissaient l\u00e9gitimes pourvu que la dignit\u00e9 de sa vie f\u00fbt sauv\u00e9e et l\u2019honneur intact.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Noble et chevaleresque nature, fid\u00e8le aux lettres qu\u2019il n\u2019a pas abandonn\u00e9es un jour, qu\u2019il a servies et honor\u00e9es pendant quarante-cinq ans, fid\u00e8le \u00e0 toutes les amiti\u00e9s, fier avec les puissants, plein de d\u00e9f\u00e9rence et de respect pour les vaincus, Octave Feuillet nous laisse l\u2019image d\u2019un parfait galant homme, de ce qu\u2019il y a de plus distingu\u00e9 et de plus achev\u00e9 dans l\u2019esprit fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Tout \u00e0 l\u2019heure vous l\u2019avez si bien compris, Monsieur, qu\u2019en prenant place parmi nous, vous nous rendez certainement quelque chose de lui-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Source Acad\u00e9mie fran\u00e7aise :<\/span> <a dir=\"ltr\" href=\"http:\/\/www.academie-francaise.fr\/\"><span style=\"color: #1a0dab;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">http:\/\/www.academie-francaise.fr\/<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800000;\"><em><strong>page pr\u00e9c\u00e9dente<\/strong> :\u00a0Discours de r\u00e9ception d&rsquo;Albert Besnard \u00e9lu \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise suite au d\u00e9c\u00e8s de Pierre\u00a0Loti &#8211; 10 juin 1926.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-tenue-acad\u00e9micien.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1920 size-full\" src=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-tenue-acad\u00e9micien.jpg\" alt=\"logo tenue acad\u00e9micien\" width=\"720\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-tenue-acad\u00e9micien.jpg 720w, https:\/\/dev.pierreloti.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/logo-tenue-acad\u00e9micien-300x137.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9ponse de M. Alfred M\u00e9zi\u00e8res au discours de M. Pierre Loti DISCOURS PRONONC\u00c9 DANS LA S\u00c9ANCE PUBLIQUE le jeudi 7 avril 1892 PARIS PALAIS DE L\u2019INSTITUT \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Monsieur, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0C\u2019est aujourd\u2019hui un jour de f\u00eate pour la marine. Il y manque malheureusement celui d\u2019entre nous qui avait plus que personne le droit d\u2019y prendre part.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Avant de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[116,44,42,48],"tags":[101],"class_list":["post-1928","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-academie","category-ecrivain","category-pierre-loti","category-romans","tag-academie-francaise-pierre-loti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1928","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1928"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1928\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1953,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1928\/revisions\/1953"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1928"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1928"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.pierreloti.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1928"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}